Présentation de la recherche
Objet de recherche
La suppression de l'École Nationale d'Administration (ENA) et son remplacement par l'Institut National du Service Public (INSP) en janvier 2022 constitue un objet éminemment fécond pour l'analyse sociologique. Derrière cette mesure politique, inscrite dans le prolongement des réformes de la fonction publique et en réponse aux tensions révélées par la crise des Gilets Jaunes, subsiste l'interrogation sur ce qui, entre les deux institutions, relève d'un véritable changement et ce qui, au contraire, perdure.
Cette recherche met en lumière les coulisses d'un moment de transition, sans chercher à opposer réforme réelle et réforme simulée. La réflexion s'articule notamment autour des déplacements qu'opère une telle mutation dans les manières de choisir, de former et d'orienter celles et ceux à qui l'on confie les rouages de l'État.
Innovation méthodologique principale : archéologie numérique des sites de l'ENA et de l'INSP
1. Collecte
Web scraping via Wayback Machine
2. Extraction
Filtrage et dédoublonnage
3. Traitement
Lemmatisation et normalisation
4. Analyse
Lexicométrie et statistiques
5. Visualisation
Graphiques et synthèses
Spécificités du corpus
L'analyse porte exclusivement sur des productions officielles : communiqués, rapports, discours, notes publiques et documents de présentation. Les fréquences sont normalisées à 10 000 mots pour permettre les comparaisons diachroniques. Un travail de lemmatisation assure le regroupement des variantes grammaticales d'un même terme.
Problématique et hypothèses
Problématique centrale
Cette reconfiguration marque-t-elle une rupture effective dans les logiques de sélection et de formation des hauts fonctionnaires français, ou perpétue-t-elle, sous un habillage rénové, les mécanismes historiques de reproduction sociale en les adaptant aux impératifs contemporains de l'action publique ?
Hypothèses de recherche
Trois hypothèses structurent notre enquête, chacune visant à saisir une dimension spécifique de la recomposition institutionnelle.
Analyse lexicométrique (ENA → INSP)
Corpus et protocole méthodologique
URLs archivées
Collecte via la Wayback Machine sur les domaines ena.fr et insp.gouv.fr
Documents analysés
Après filtrage des pages techniques et dédoublonnage
Période couverte
De 1998 (premières archives) à 2025
Périodes chronologiques
Séquences définies selon les inflexions institutionnelles
Périodisation : 5 séquences chronologiques
| Période | Années | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Période 1 | 1998-2005 | Débats sur la démocratisation de l'ENA |
| Période 2 | 2005-2018 | Remise en cause progressive de l'institution |
| Période 3 | 2018-2019 | Crise des Gilets jaunes et accélération des critiques |
| Période 4 | 2019-2022 | Réforme annoncée et phase de transition |
| Période 5 | 2022-2025 | Mise en place et consolidation de l'INSP |
Lemmatisation : Regroupement des variantes grammaticales et morphologiques pour ramener chaque mot à sa forme canonique (ex : « innover », « innovation », « innovant » → « innovation »).
Normalisation : Expression des fréquences pour 10 000 mots afin de permettre les comparaisons entre périodes de volumes textuels différents.
Filtrage : Exclusion des pages techniques (CSS, JavaScript, images) et conservation uniquement des contenus institutionnels produits par l'ENA/INSP.
Validation : Vérification manuelle d'un échantillon de 500 documents pour s'assurer de la pertinence du corpus.
Évolution des termes clés
Quatre termes ont été sélectionnés pour leur caractère stratégique dans la transformation institutionnelle :
L'innovation lexicale la plus spectaculaire concerne le terme « compétences ». Son explosion après 2021 (passant de moins de 1 à près de 7 occurrences pour 10 000 mots) témoigne de l'adoption explicite du référentiel managérial au cœur de la pédagogie INSP.
La remarquable persistance du terme « concours » tout au long de la période témoigne de la stabilité d'un pilier central du système de sélection. Les concours ont connu des ajustements significatifs, sans remise en cause de leur existence.
La quasi-disparition du mot « élite » dans le discours de l'INSP (passant de 2,6 à 0,2 occurrences pour 10 000 mots) suggère une stratégie de mise à distance du vocabulaire traditionnel.
Le terme « innovation » connaît une montée progressive, culminant dans la période INSP. Cette évolution illustre l'intégration croissante d'un vocabulaire managérial et entrepreneurial.
Groupes conceptuels
Les termes ont été regroupés en quatre ensembles thématiques. Le graphique présente l'évolution de la fréquence cumulée normalisée (somme des occurrences pour 10 000 mots) de chaque groupe conceptuel.
Élitaire et Sélection
élite, classement, méritocratie, excellence, sélection, hiérarchie, grands corps
Managérial et Moderne
compétences, management, innovation, performance, gouvernance, pilotage
Ouverture et Diversité
diversité, inclusion, égalité, ouverture, territoire, proximité
Continuité Institutionnelle
État, service public, formation, concours, administration, République
Observation clé
Le vocabulaire managérial (compétences, diversité, management) connaît une croissance exponentielle à partir de 2019, anticipant la réforme formelle de 2022. Parallèlement, le vocabulaire élitaire décline fortement après la création de l'INSP.
Architecture numérique des sites
L'analyse de l'architecture des sites web institutionnels révèle les priorités communicationnelles. Le graphique présente la visibilité relative de chaque rubrique.
Site ENA (2010-2021)
- Structure centrée sur la scolarité et les concours
- Rubrique « Classement » très visible
- Présentation des grands corps
- Accent sur la tradition et l'excellence
Site INSP (2022-2025)
- Architecture orientée « compétences »
- Mise en avant des partenariats internationaux
- Rubrique « Diversité » prominente
- Disparition des références aux grands corps
Sociographie des élèves
Population étudiée
Analyse sociographique des élèves issus des concours nationaux des quatre promotions INSP (2022-2025), représentant 327 élèves. Parmi eux, 93,7% disposaient d'un profil LinkedIn, permettant l'analyse de 306 profils pour constituer une base de données sociographique approfondie. Ces données ont été complétées par les informations accessibles via LesBiographies.com.
Élèves totaux
4 promotions INSP (2022-2025)
Profils LinkedIn
93,7% de couverture
Femmes
Moyenne sur 4 promotions
Direction féminine
Équipe de direction INSP
Écart gouvernance / élèves
La direction de l'INSP est majoritairement féminine (62%), tandis que les promotions d'élèves demeurent plus masculines (moyenne 41,3% de femmes). Cette féminisation est néanmoins en nette progression par rapport aux années 1980-1990.
Origines scolaires et parcours académiques
| Type d'établissement | 2022-2023 | 2023-2024 | 2024-2026 | 2025-2027 A |
|---|---|---|---|---|
| Sciences Po (tous IEP) | 44 | 29 | 35 | 24 |
| Universités | 13 | 25 | 12 | 16 |
| IGPDE | 9 | 4 | 7 | 3 |
| ENS (toutes) | 6 | 9 | 10 | 4 |
| Écoles de commerce | 4 | 5 | 7 | 5 |
Domination de Sciences Po
Les IEP constituent le vivier principal de recrutement : 133 élèves sur 306 (43%) ont un IEP comme dernier établissement. En élargissant à l'ensemble du parcours, 71% ont fréquenté Sciences Po à un moment de leur trajectoire.
Expérience professionnelle avant l'INSP
L'analyse des expériences professionnelles antérieures à l'entrée à l'INSP révèle des profils déjà largement socialisés aux institutions publiques et aux milieux d'élite.
| Secteur d'expérience | 2022-2023 | 2023-2024 | 2024-2026 | 2025-2027 A |
|---|---|---|---|---|
| Administration publique nationale | 65% | 60% | 62% | 74% |
| Conseil et secteur privé | 24% | 31% | 36% | 31% |
| International | 21% | 31% | 34% | 36% |
| Enseignement | 16% | 27% | 34% | 20% |
| Parlementaire | 22% | 21% | 31% | 30% |
Pré-socialisation institutionnelle
Environ 65% des élèves ont travaillé dans l'administration publique nationale avant leur admission. Près d'un tiers (23-36% selon les promotions) ont transité par le conseil ou le secteur privé.
Affectations de sortie
Comparaison entre la promotion Molière (ENA 2018-2019) et les promotions INSP Apollinaire (2023) et Baker (2024).
| Type d'affectation | Molière 2019 (ENA) | Apollinaire 2023 | Baker 2024 |
|---|---|---|---|
| Grands corps (CE, Cour, IGF...) | 12 (14%) | 0 (0%) | 0 (0%) |
| Inspections générales | 4 (5%) | 0 (0%) | 0 (0%) |
| Juridictions admin. (TA, CAA) | 8 (10%) | 7 (7%) | ≈2 (2%) |
| Corps préfectoral | 9 (11%) | 4 (4%) | 4 (5%) |
| Administrations centrales | 43 (52%) | 78 (77%) | 79 (90%) |
Rupture majeure : disparition des grands corps
Les grands corps, qui captaient 14% des élèves en 2019, ont totalement disparu des affectations INSP. Les administrations centrales absorbent désormais 90% des administrateurs d'État en sortie d'école.
Concours et scolarité
Évolution des concours d'entrée (2014-2024)
Trois compositions écrites (droit public, économie, culture générale), deux notes de synthèse (UE, questions sociales), entretien individuel, deux épreuves orales. Le jury constate un « formatage » des copies.
La dissertation de culture générale devient « question contemporaine ». Introduction de la mise en situation collective avec rôles successifs (exposant, répondant, observateur).
Suppression des options techniques et de l'épreuve écrite de langue. Le dossier de parcours devient fil rouge de l'entretien.
L'anglais devient l'unique langue étrangère évaluée. Création du concours réservé aux docteurs. Les sujets délaissent la haute théorie pour tester la capacité à arbitrer des conflits de valeurs contemporains.
Régime de transition accentuant la dimension d'actualité : vieillissement, handicap, relation usager-administration, déontologie, transition bas-carbone.
Suppression des compositions au profit de notes opérationnelles. Système majeure/mineure (droit/économie). Nouveau cas pratique transition écologique/numérique. Doublement du coefficient de mise en situation collective (3→6).
Structure des épreuves 2024
Admissibilité (écrits)
| Épreuve | Format | Coefficient |
|---|---|---|
| Question contemporaine | Note de réflexion | 3 |
| Droit public (majeure ou mineure) | Note opérationnelle | 4 ou 2 |
| Économie (majeure ou mineure) | Note opérationnelle | 2 ou 4 |
| Cas pratique (transition éco./num.) | Analyse de cas | 2 |
| QRC (finances, social, Europe, international) | Questions à réponses courtes | 4 |
Admission (oraux)
| Épreuve | Format | Coefficient |
|---|---|---|
| Mise en situation collective | Discussion de groupe avec rôles | 6 |
| Entretien individuel | Entretien sur dossier | 3 |
| Langue vivante (anglais) | Oral | 2 |
Bascule symbolique
Le doublement du coefficient de la mise en situation collective (de 3 à 6) et la réduction de l'entretien individuel (de 6 à 3) marquent un rééquilibrage au profit des compétences collaboratives.
Évaluation et classement de sortie (promotions 2021-2024)
Ce tableau présente la structure du classement de sortie tel qu'il était appliqué aux promotions Tillion (2021-22) à Baker (2023-24). À compter de la promotion Victor (2024-26), ce système est remplacé par une procédure d'appariement présentée dans l'onglet suivant.
| Catégorie | Sous-composante | Coef. |
|---|---|---|
| Stages (39) | Stage Préfecture + Entreprise | 22 |
| Stage Ambassade | 11 | |
| Oral Stage | 6 | |
| Total Stages | 39 | |
| Mises en situation (33) | Conception Politiques Publiques | 11 |
| Pilotage des Transformations | 11 | |
| Mission Essentielle de l'État | 11 | |
| Total Mises en situation | 33 | |
| Autres Modules (28) | Mission Collective | 8 |
| Rapport individuel d'expertise (RIEX) | 8 | |
| Première Langue Vivante (LV1) | 7 | |
| Seconde Langue Vivante (LV2) | 2 | |
| Sport | 2 | |
| Assiduité | 1 | |
| Total Autres Modules | 28 |
Du classement à l'appariement
Cette structure d'évaluation déterminait le classement de sortie des élèves. Les stages représentaient 39% du coefficient total, suivis des mises en situation (33%). Ce classement conditionnait l'accès aux différents postes et corps. À partir de 2024, ce mécanisme est remplacé par un système d'appariement fondé sur des entretiens et des préférences croisées (voir onglet suivant).
Suppression du classement et système d'appariement
L'ordonnance du 2 juin 2021 formalise la disparition de l'ENA et la naissance de l'INSP. Le classement de sortie, pilier symbolique de l'institution depuis 1945, est remplacé par un système d'appariement profil/poste qui redéfinit en profondeur les modalités d'affectation des futurs administrateurs d'État.
Cette transformation s'inscrit dans une logique de « transversalisation managériale » où la montée en puissance de l'évaluation, du contrôle et des fonctions RH recompose l'organisation de l'État autour de dispositifs affranchis des cloisonnements ministériels traditionnels.
Ancien système (ENA, 1945-2024)
- Classement de sortie sur 79 ans d'existence
- Hiérarchie des notes comme critère unique
- Accès direct aux grands corps par le rang
- Objectivité relative mais socialement acceptée
- Transparence du mécanisme d'allocation
Nouveau système (INSP, 2024)
- Appariement fondé sur profils et préférences
- Fiches de poste détaillées par les administrations
- Préférences croisées élèves/employeurs
- Entretiens de recrutement avec les administrations
- CV anonymisés (en principe)
- Rapport de force potentiellement plus équitable
Principe du nouveau dispositif
Le nouveau dispositif repose sur une logique d'adéquation entre compétences et besoins plutôt que sur une hiérarchie des notes. Les inspections générales (Finances, Administration, Affaires sociales) sont transformées en emplois à durée déterminée de 7 à 10 ans, rompant avec le modèle de rente statutaire. L'évaluation continue et les parcours modulables remplacent la logique du rang de sortie comme déterminant principal de la trajectoire professionnelle.
Selon le rapport Thiriez, la suppression du classement évite « les risques de cooptation ou de favoritisme » et permet un meilleur appariement entre les profils des élèves et les besoins des administrations.
Un élève de la promotion Baker y perçoit « un système où l'on pourrait dire plus facilement 'non' et avoir un choix plus élargi, un rapport de force plus équitable avec les administrations ». La diversification des parcours possibles et la valorisation des compétences spécifiques plutôt que du rang constituent des arguments régulièrement avancés.
L'attribution des postes par entretiens fait disparaître l'objectivité relative du classement. Bien que les résultats reposent déjà sur la subjectivité des jurys, le principe classant constituait un cadre commun socialement accepté, une règle du jeu connue de tous.
Dans le système d'appariement, l'anonymisation des CV ne suffira sans doute pas à empêcher les administrations de « choisir des candidats qui leur ressemblent ». Les logiques d'exclusion risquent de se déplacer vers d'autres biais : capital relationnel, présentation de soi, hexis corporelle, voire apparence physique. La capacité à « se vendre » lors des entretiens pourrait avantager certains profils au détriment d'autres, reproduisant sous une forme différente les mécanismes de sélection sociale.
Le véritable enjeu viendra avec l'évaluation des premières promotions expérimentant pleinement la réforme, ce qui permettra d'analyser si la suppression du classement aura satisfait la demande de rupture sans compromettre la qualité de l'action publique ni déplacer les inégalités vers des registres moins visibles mais tout aussi structurants.
Conclusion et perspectives
Synthèse des résultats
Bien que les proclamations gouvernementales entourant l'abolition de l'ENA en 2021 aient mobilisé un registre dramaturgique – thuriféraires et contempteurs prophétisant métamorphose salvatrice ou déliquescence structurelle –, l'examen empirique de la transmutation ENA-INSP révèle la persistance d'un ordre fondé sur la différenciation statutaire, en dépit de certaines transformations formelles.
L'étude des flux d'admission a mis en lumière la permanence d'une concentration scolaire que l'on comprend à l'aune du principe d'homophilie propre aux grandes écoles. Parallèlement, l'archéologie des discours produits par l'institution fait apparaître une rhétorique d'appels à l'« innovation », aux « compétences », à la « diversité », qui ne représentent pas une rupture paradigmatique, mais dont le vocabulaire managérial agit comme indicateur.
Une technocratie de flux
Ce que révèle l'analyse à l'échelle étatique, c'est bien l'affirmation progressive d'un mode technocratique reconfiguré : moins ancré dans les positions que fluide dans les parcours ; moins modelé par les titres que par la maîtrise de réseaux transversaux ; moins appuyé sur le droit que sur le contrôle des environnements numériques.
Ancien modèle
- Temps : carrière linéaire
- Espace : ancrage administratif
- Savoir : culture générale
- Légitimité : rang de sortie
Nouveau modèle
- Temps : projet temporaire
- Espace : transversalité sectorielle
- Savoir : expertise ciblée
- Légitimité : compétences managériales
Semble ainsi se profiler une nouvelle grammaire de l'efficacité, où dominent mobilité, réactivité et adaptabilité, au détriment de la continuité et de la vision stratégique qui caractérisaient l'ancien ethos d'État.
Intuition provisoire
La disparition de l'ENA agit comme révélateur en reflétant les restructurations internes qui traversent l'édifice administratif. L'INSP constitue davantage l'expression située des enjeux traversant la haute fonction publique qu'une tentative pleinement structurée pour y répondre. L'avenir de la haute administration française se joue sans doute davantage encore dans les open spaces des ministères, où se croisent les héritages du service public et les logiques importées du privé.
Perspectives de recherche
Plusieurs prolongements sont envisageables : analyse comparative avec d'autres écoles de service public (INET, EHESP), étude longitudinale des carrières des élèves INSP, analyse de la réception médiatique de la réforme, étude des discours des anciens élèves ENA sur la transformation.
Projet doctoral en cours : « Gouverner l'État numérisé à l'épreuve des algorithmes »
Ce mémoire de recherche se prolonge par un projet de thèse actuellement en préparation au médialab de Sciences Po, sous la direction de Dominique Cardon. Le projet doctoral examine précisément comment la généralisation des systèmes algorithmiques reconfigure le sommet de l'appareil bureaucratique français.
Il interroge les mécanismes par lesquels l'autorité décisionnelle, les régimes d'imputabilité et les répertoires de légitimation se redistribuent entre élites administratives traditionnelles, profils techniques internalisés et acteurs externalisés (prestataires, cabinets de conseil). Elle mobilise l'hypothèse d'un « capital algorithmique » – défini comme l'ensemble des ressources cognitives, relationnelles et symboliques donnant à certains acteurs des prises différentielles sur les instruments algorithmiques de l'État (données, paramètres, métriques, API, contrôles de conformité).
L'enquête, mixte et séquentielle, articulera une prosopographie du cercle dirigeant de la transformation numérique de l'État (DINUM, DSI ministérielles, cabinets), une cartographie des chaînes de décision et d'externalisation autour de dispositifs comme FranceConnect et Parcoursup, et des entretiens approfondis avec les acteurs clés. Une comparaison internationale avec le Royaume-Uni (Government as a Platform) permettra de situer le cas français.
Ce projet prolonge l'analyse de la transition ENA → INSP en l'inscrivant dans une réflexion plus large sur la transformation numérique de l'État et l'émergence de nouvelles formes d'expertise bureaucratique. Il vise à documenter empiriquement la réarticulation des hiérarchies et la redéfinition des frontières de la redevabilité dans un État gouverné par des systèmes sociotechniques, interrogeant les reconfigurations de pouvoir que produit l'écart entre algorithmisation croissante de l'action publique et appropriation différenciée de ces outils par les élites administratives.
« Étudier la manière dont une société recrute et forme ses hauts fonctionnaires revient à comprendre ce qu'elle attend de ceux qui la gouvernent, sonder le lien qu'elle tisse avec l'idée de puissance publique, et discerner, à travers les métamorphoses du service de l'État, une part de ce que la République continue de projeter d'elle-même. »